J’ai récemment publié « Mon cœur t’appartient déjà », une chanson pour ma fille, Eleanor. J’ai passé trois semaines à l’écrire et à apprendre à mettre mes sentiments en mots. La recherche musicale m’a demandé près d’un mois pour trouver ce que je voulais. Ça a été un vrai travail sur moi.
Pour lui donner forme, j’ai utilisé plusieurs outils : ChatGPT pour travailler les paroles, Suno pour la musique, Leonardo.ai pour la pochette, ainsi que mon propre outil de visualisation et DaVinci Resolve pour la vidéo. J’ai également essayé ACE-Step, sans retenir ses résultats. Derrière cette liste, il y a surtout un cheminement que j’avais envie de raconter : comment réussir à exprimer quelque chose de personnel avec ces outils, et reconnaître le moment où le résultat me ressemble.
Je savais déjà ce que je souhaitais pour Eleanor : qu’elle devienne une femme forte et indépendante, capable de se défendre et de construire sa propre vie. Je voulais aussi lui dire que mon amour ne dépendrait jamais de sa capacité à répondre à ces attentes. C’est ce qui est devenu le centre de la chanson :
Tu n’as pas besoin d’être la meilleure.
Tu n’as pas besoin de gagner.
Tu n’as pas besoin de me rendre fier.
Mon cœur t’appartient déjà.
J’aime comprendre les choses et les expliquer. Je peux lui parler du ciel, d’un moteur, des atomes ou de la gravité. Mais il y avait aussi ce message à lui transmettre : elle n’a rien à réussir pour mériter mon amour. Je voulais qu’elle puisse l’entendre aujourd’hui et le retrouver plus tard.
Comment lui exprimer tout ça alors que j’ai déjà du mal à dire « je t’aime » ? Les sentiments étaient là, comme ce que je souhaitais pour elle. Il me fallait trouver comment le lui dire. Pendant ces trois semaines, j’ai travaillé les paroles tout en apprenant à mettre des mots sur quelque chose de très personnel.
Il y avait notamment cette tension entre la protéger et l’aider à devenir indépendante. Je veux qu’elle apprenne à réfléchir, à poser des questions, à dire non et à partir lorsqu’elle doit partir. Mon rôle est de l’accompagner sans décider à sa place de la vie qu’elle doit construire. C’est ce que j’ai essayé d’exprimer dans ce passage :
Je veux être celui qui t’aide à comprendre
Pas celui qui décide de ce que tu dois apprendre
Celui qui te relève si tu tombes quelque part
Pas celui qui dessine à ta place ton avenir
Écrire cela m’obligeait aussi à regarder ma propre place. La peur peut me pousser à trop expliquer ou à vouloir protéger au point de contrôler. La chanson parle donc également de ce que je dois encore apprendre : la laisser avancer, se tromper et avoir besoin de moi autrement.
Si j’explique trop, pardonne-moi
C’est souvent ma peur qui parle avant moi
Pour l’écriture, j’ai utilisé ChatGPT. Je suis parti de ce que je voulais dire, puis j’ai utilisé l’outil pour confronter les formulations, chercher des alternatives et travailler la structure. Une phrase pouvait être bien construite sans me ressembler. Il fallait revenir au sens, regarder ce qui s’était perdu dans la reformulation et continuer jusqu’à pouvoir me reconnaître dans les mots.
Le premier couplet montre bien ce travail. Je voulais y faire entrer ma vie actuelle : mon envie de construire une activité autour de ce que je sais faire et de ce que j’aime transmettre, avec la difficulté d’essayer d’en vivre. Une première version commençait ainsi :
Je cherche des clients, mon rêve est de les aider
J’aide les indépendants à faire leur pub eux-mêmes
Ce n’est pas le chemin que j’avais imaginé
Mais je veux leur donner les outils pour se faire connaître
Ce passage décrivait mon activité, mais laissait peu de place à ce que je vivais. « Je cherche des clients » exposait une situation professionnelle. La suite expliquait les services que je souhaitais rendre. L’ensemble ressemblait davantage à une présentation de mon travail qu’au début d’une chanson destinée à ma fille.
Après plusieurs échanges et réécritures, le couplet est devenu :
Je cherche encore ma place en aidant les autres
À trouver leur voix, à montrer qui ils sont
J’essaie de vivre enfin de ce que je sais transmettre
Sans savoir chaque jour si demain me donnera raison
Avec « Je cherche encore ma place », le texte exprime une recherche personnelle. « J’essaie de vivre enfin de ce que je sais transmettre » relie mon envie de transmettre à la difficulté d’en vivre. La dernière ligne laisse apparaître l’incertitude du lendemain. Le sujet reste mon travail, mais les paroles donnent maintenant accès à ce qu’il représente pour moi.
Le passage sur la voix relie aussi mon activité à ce que je souhaite pour Eleanor. J’aide des personnes à trouver leur voix et à montrer qui elles sont ; avec ma fille, je veux faire attention à ne pas étouffer la sienne. Ce lien donne au couplet sa place dans la chanson.
Ces allers-retours avec ChatGPT m’ont donné des formulations à examiner, à modifier ou à écarter. Certaines étaient jolies mais creuses ; d’autres perdaient quelque chose qui comptait pour moi. Une remarque pouvait aussi m’aider à préciser le sens d’un passage. Mon critère restait le même : est-ce que ces mots expriment bien ce que je veux lui dire ?
J’ai mis près d’un mois à trouver ce que je voulais au niveau musical. La direction s’est précisée au fil des écoutes, des essais et des changements de piste. Je cherchais une musique dans laquelle je puisse me reconnaître et qui porte les paroles. Une ballade au piano ne correspondait pas à ce que j’avais envie de faire pour cette chanson.
Voici une version piano générée avec Suno pendant cette recherche. Je ne l’ai pas retenue : elle permet d’entendre une autre direction musicale pour cette chanson, avant de découvrir celle que j’ai finalement choisie.
J’ai exploré un mélange de reggae, de dubstep, de metal mélodique, de nu metal, d’alternative metal et de rap-rock. Il y avait les guitares en contretemps et l’orgue dub, une basse très présente, des guitares accordées bas, des passages presque rappés et de grands refrains mélodiques. Les silences avant certains impacts devaient aussi faire partie du morceau.
Je voulais que la musique accompagne le mouvement des paroles : partir de quelque chose de contenu, presque réfléchi, puis laisser sortir une émotion plus viscérale. Le refrain devait rester simple et compréhensible au milieu de cette intensité. La musique devait lui donner du poids.
C’est principalement Suno que j’ai utilisé pour la partie musicale. Il fallait préciser ce que je cherchais et le traduire en indications sur les instruments, la voix, le rythme et les transitions. Le prompt s’est construit progressivement, à mesure que les résultats m’aidaient à comprendre ce que je voulais entendre :
Reggae dubstep fused with modern melodic metal, nu metal, alternative metal, and rap-rock; escalating half-time pulse with dramatic drop silences and hard-impact lifts, spacious tape-echo dub transitions, tight polished low end, thick live-band punch, offbeat guitar chops, organ bubbles, rimshots, Reese-bass lead, growling wobble, extreme sub, syncopated downtuned chugs, percussive stop-start riffs, double-kick accents; deep gritty male baritone with clipped rhythmic, rap-sung verses rising into raw forceful melodic choruses, stacked harmonies, chopped vocal fragments.
Dans ces indications, je cherchais notamment une voix masculine grave, des couplets au phrasé rythmé, proches du rap, puis des refrains mélodiques plus intenses. Les guitares en contretemps, les basses électroniques et les guitares lourdes devaient trouver leur place dans ce mouvement. À chaque écoute, je pouvais repérer un élément trop présent ou trop effacé, ajuster la demande et relancer un essai.
J’ai également testé ACE-Step, que je pouvais faire tourner localement. La possibilité d’expérimenter directement chez moi m’intéressait, mais les résultats ne m’ont pas convaincu pour cette chanson. ACE-Step a donc fait partie de la recherche, sans entrer dans le morceau finalement publié.
Il y a eu des dizaines d’essais. J’ai écouté, comparé, modifié les indications et recommencé, en écartant beaucoup de versions. La rapidité de génération ne supprimait pas le temps nécessaire pour écouter et décider. Elle multipliait les possibilités, avec le risque de garder une version simplement parce qu’elle était déjà « pas mal ».
Au fil de ce travail, la direction musicale devenait plus précise. Je pouvais mieux reconnaître ce qui correspondait aux paroles et ce qui m’en éloignait. La version publiée est celle que j’ai finalement retenue au terme de cette recherche.

Pour la pochette, j’ai utilisé Leonardo.ai. Je voulais une image qui prolonge les paroles : un père et sa fille vus de dos, assis ensemble face à quelque chose d’immense. Il ne s’agissait pas d’un portrait fidèle de nous deux. Le ciel, la lumière, les formules, les atomes et les trajectoires évoquaient tout ce que j’aime comprendre et lui expliquer.
L’horizon donnait son sens à cette scène. Je peux marcher un moment à côté d’elle et lui transmettre les outils que j’ai, mais la vie qui s’ouvre devant elle lui appartient. C’est cette idée que je voulais retrouver dans la pochette.
Pour YouTube, j’ai aussi créé un visualizer, une animation qui réagit à la musique. J’ai codé mon propre outil pour analyser le son et le transformer en données visuelles exploitables. Il m’a servi à produire les éléments réactifs que j’ai ensuite assemblés dans DaVinci Resolve, où j’ai travaillé le montage, le rythme et l’image de la vidéo finale. (J’ai juste exporté la vidéo avec toutes les couches)
Cette partie montre aussi ma manière de travailler : utiliser les outils disponibles et développer ce qui me manque lorsque j’ai besoin d’un fonctionnement précis. Le projet a ainsi réuni la génération d’images et de musique, l’écriture, le code et le montage.
Suno a généré la musique et l’interprétation vocale. ChatGPT m’a accompagné dans le travail sur les paroles, et Leonardo.ai a servi à créer la pochette. Leur contribution est réelle : sans ces outils, cette chanson n’existerait probablement pas sous cette forme. Je ne suis ni chanteur, ni batteur, ni bassiste, ni guitariste de metal.
De mon côté, j’ai apporté ce que je voulais dire à ma fille, le travail des paroles, la recherche musicale et les choix qui ont conduit à cette version. J’ai aussi mobilisé mes compétences en code et en montage pour réaliser la vidéo. Tout cela a demandé du temps, y compris pour apprendre à exprimer des sentiments que j’avais du mal à mettre en mots.
C’est ce que je retiens de cette expérience avec l’IA : elle m’a permis de donner une forme à ce projet, tout en me laissant la responsabilité de ce que je décidais de garder et de publier. La rapidité des outils et le temps personnel nécessaire à la création ont coexisté tout au long du processus.
J’ai commencé cette chanson parce que je voulais laisser à ma fille quelque chose qu’elle puisse écouter aujourd’hui et peut-être réécouter dans dix ou vingt ans. Je souhaite qu’elle devienne forte, indépendante et capable de se défendre. Je ne sais pas quels choix elle fera, quelles réussites elle connaîtra ni quelles erreurs elle commettra, mais elle n’aura jamais à me prouver sa force pour mériter mon amour.
Apprendre à le dire au monde a été une part essentielle de cette chanson. Je n’ai plus qu’à le faire devant elle ^^
Si elle ne devait retenir qu’une chose des paroles, ce serait celle-ci :
Avant tes victoires
Avant tes erreurs
Avant que tu saches
Ce que tu veux devenirMon cœur t’appartenait déjà.
Eleanor, avec toi, je suis entier.